Dans la lutte contre le changement climatique, la tendance générale en matière de transport n’est guère réjouissante. Alors que tous les autres secteurs (industrie, habitat, agriculture, énergie) font mieux qu’en 1990, le transport continue à émettre toujours plus de CO2 et représente une part considérable des émissions en chiffres absolus : près de 30 % du total de l’Union européenne, dont 72 % rien que pour la route (Agence européenne de l’environnement, 2016).

Sur ces 72 %, près d’un quart est dû aux poids lourds. Inverser la tendance malgré l’augmentation des volumes constitue un énorme défi pour le transport routier. Or un profond changement s’impose, car même dans les scénarios les plus ambitieux, le rail et la navigation intérieure ne parviendront pas à compenser la hausse attendue du transport de marchandises par camions.

Une des solutions serait d’utiliser des « routes électrifiées » (Electric Road Systems ou ERS) : des routes équipées pour permettre la circulation des poids lourds en mode électrique.

C’est dans cette optique que Siemens Mobility a développé l’eHighway, un concept qui combine des pantographes (comme sur les trains ou les trams) installés sur les camions et des caténaires placées au-dessus de la bande de droite permettant aux camions de rouler à l’électricité et de recharger leurs batteries. L’énergie récupérée au freinage est stockée et lorsque la batterie est totalement chargée, l’électricité est réinjectée dans les caténaires. Ce système est compatible avec tous les types de camions à moteur électrique et/ou batteries de différentes puissances, tels que les camions diesel hybrides, entièrement électriques, à pile à hydrogène/combustible, au gaz naturel (CNG), … Il associe les technologies robustes et éprouvées du monde ferroviaire et la flexibilité des poids lourds. La bande de circulation équipée de caténaires reste par ailleurs totalement accessible aux autres véhicules. Le système se prête idéalement aux trajets de desserte très fréquentés dans les zones portuaires ou entre des plateformes logistiques par exemple.

Après plusieurs années de test sur différentes portions d’autoroute en Allemagne, en Suède et aux États-Unis, l’eHighway est aujourd’hui une technologie mature qui séduit de nombreux pays :

  • Allemagne: sur le conseil de la plateforme nationale Zukunft der Mobilität, le principal organe consultatif du gouvernement, l’Allemagne a décidé récemment d’électrifier 500 km d’autoroute d’ici 2030 dans le cadre de ses objectifs climatiques. Il s’agira de la première partie d’un plan portant sur 4 000 km et qui pourrait représenter 80 % des économies de CO2 potentielles sur le fret routier en Allemagne, soit 3,9 millions de tonnes d’équivalents CO2. La Fédération de l’industrie allemande (BDI) soutient ce scénario et plaide même pour un total de 8 000 km, afin de réaliser 95 % d’économies de CO2 dans le transport routier.
  • Royaume-Uni : dans l’étude de juillet 2020 commanditée par le Center for Sustainable Road Freight, les caténaires et les camions compatibles sont présentés comme la solution la plus efficace en termes d’économies et de rendement énergétique pour décarboner le fret routier, et la mise en œuvre de cette solution est considérée comme indispensable pour atteindre la neutralité carbone dans ce secteur à l’horizon 2050. L’étude parle de technologie éprouvée et indique que la transition vers des véhicules totalement sans émissions est possible grâce aux camions diesel hybrides. Entre-temps, le gouvernement britannique a entrepris de tracer les premiers itinéraires sur le terrain. Les scénarios portent sur environ 3 000 à 6 000 km.
  • Suède: le gouvernement suédois a demandé à son administration d’équiper 2 000 km d’ici 2030 (en partie avec des caténaires et en partie avec une autre technologie), le but étant d’arriver à 3 000 km à l’horizon 2035. Les constructeurs de camions et tout le secteur de l’électricité suédois sont impliqués activement dans le projet.
  • Danemark: le gouvernement étudie actuellement les itinéraires qui pourraient s’avérer intéressants, en particulier pour faire la connexion entre les plans suédois et allemands.
  • Pays-Bas: le ministère des Infrastructures et de la Gestion de l’eau a effectué une visite virtuelle du site d’essai de Siemens Mobility sur l’autoroute A5, à proximité de l’aéroport de Francfort, et étudie les parcours intéressants notamment pour relier le port de Rotterdam à l’arrière-pays.
  • Autriche: les autoroutes équipées de caténaires figurent dans l’accord de gouvernement et l’agence fédérale autrichienne de l’environnement considère que le système offre un gros potentiel pour la décarbonation du fret routier.
  • Canada: une étude canadienne de mars 2021 a calculé qu’un trajet de 1 300 km à l’est du pays (liaison entre Québec, Montréal et Toronto et la frontière avec les USA) sera amortie en seulement trois ans. (Des expériences sont également en cours en Californie et en France, et l’Inde et la Chine se montrent aussi intéressées.)

Vu la situation centrale de la Belgique par rapport à ces pays et la densité du trafic sur nos axes routiers, notre territoire est idéalement placé pour la réalisation de ce concept, d’autant que le secteur routier belge pourrait bénéficier de l’infrastructure présente chez nos voisins.

Siemens Mobility est convaincu du grand potentiel des eHighways en Belgique en raison de la densité du réseau d’autoroutes, de la présence de plateformes logistiques et de l’intensité du trafic de poids lourds internationaux. En Allemagne, on a calculé que 60 % des émissions des poids lourds sont générées sur 2 % du réseau routier. Environ 4 000 km d’autoroute représentent 60 % du total des tonnes-kilomètres. Et dans 89 % des cas, les trajets en amont et en aval de l’autoroute ne dépassent pas 50 km. La situation devrait donc être encore plus favorable aux eHighways dans notre pays. Étant donné la longueur limitée des trajets hors autoroute, l’effet sur les émissions serait optimal car des camions diesel hybrides (par exemple) circulant sur des autoroutes électrifiées pourraient atteindre leur destination finale avec l’énergie qu’ils auront stockée dans leurs batteries avant de quitter le tronçon équipé de caténaires. Les trajets sur les autoroutes électrifiées, mais aussi le « dernier kilomètre » jusqu’au quai de déchargement dans le port ou au supermarché, seraient ainsi décarbonés.

Nous allons en discuter avec les parties concernées au cours des mois à venir. Entre-temps, l’impact économique des eHighways en Belgique a déjà pu être calculé sur la base des chiffres disponibles chez nos voisins.

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